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ITW : CINEMADE, LE FESTIVAL QUI N’A PAS FINI DE NOUS SURPRENDRE

Après deux éditions remarquées aux Subsistances, c’est cette fois à la Sucrière et au Sucre que le festival Cinémade nous fera danser et découvrir ou redécouvrir des films cultes le temps d’un week-end. Des cascadeurs et des danseurs recréeront des scènes mythiques du cinéma entre deux sets techno et house. Nous avons rencontré Clément et Cédric, passionnés d’arts graphiques, de cinéma et de musique qui travaillent toute l’année pour vous proposer un festival haut en couleur. Ils nous ont livré avec attention leur projet, leurs envies, leurs visions de la culture dans notre ville.

Cinémade 2016 © Jean Ranobrac

Cinémade 2016 © Jean Ranobrac
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Salut les gars, pour commencer présentez-moi un peu Cinemade, son objectif, le collectif, ses ambitions..  

Cédric : Alors on commence par quoi : l’association ou Cinémade ? Car c’est deux choses différentes…

MXL : Commençons alors par l’asso ..

Clément : L’asso La Fabrique Production, elle est née en 2015. On était les gérants de notre BDE à la fac en Info Com. BDE qui n’existait pas quand on est arrivé, qu’on a donc repris à 0 et avec lequel on a développé tout un ensemble d’événements et d’activités au sein de notre promo. On a fait ça pendant un an et ça a vachement bien marché. On est ensuite parti de la fac pour aller à Sup de Com et on avait quand même envie de continuer dans l’événementiel, car l’expérience nous avait beaucoup plus. C’est donc comme ça qu’est née La Fabrique Production.

Cédric : En créant l’asso La Fabrique, on ne voulait pas uniquement surfer sur la vague de la musique électronique mais vraiment créer des événements qui nous ressemblent et qui proposent une expérience un peu différente. J’ai toujours été attiré par la musique électronique mais aussi par d’autres genres musicaux, d’autres univers comme les arts graphiques, la scénographie, le dessin, le cinéma… Avec l’association, on voulait donc mêler tout ce qu’on aimait faire autour de nos études. D’où le nom : La Fabrique Production. On se sent comme une petite fabrique qui produit des événements sur-mesure.

MXL : Et très vite est né Cinémade …

Clément : Pendant un an, on a fait des petits événements à Lyon à La Cour des Grands, au Terminal, au DV1. Des événements sans prétention q ui nous permettaient de continuer à faire de l’événementiel.. Mais Cinémade est né d’une rencontre. La Fabrique, à la base, c’était trois personnes. Le troisième avait fait la rencontre d’une personne du Clap, qui est une troupe de théâtre d’import lyonnaise… Elle avait été approchée par les Subsistances pour créer un concept et amener un nouvel événement chez eux. Ils voulaient faire un événement qui sortait un peu de l’ordinaire et toucher un autre public. C’est là qu’on leur a proposé le concept de Cinémade, très différent de celui qu’il est maintenant.

Cédric : À savoir qu’au début, c’était juste rejouer des scènes de films cultes dans des cafés théâtres et jouer des Dj Set.

Clément : Du coup, on a présenté le projet aux Subsistances, ça a tout de suite matché. Ils ont été hyper intéressés par le concept. Le concept a évolué au fil des rencontres entre La Fabrique et Le Clap.

MXL : Mais pourquoi avoir quitté les Subsistances ? 

Clément : Ce n’est pas un choix personnel mais collectif, notre projet a plu aux Subsistances pendant deux ans, mais ça attirait un public qui n’était pas le leur. Les Subsistances c’est un laboratoire culturel, c’est un lieu de rencontre artistique, la danse, le théâtre, le cinéma. Les dérapages avec l’alcool et la drogue que l’on trouve dans ce genre d’événements, ça ne leur plaisait pas. Le bilan était, malgré tout, très positif, mais on avait envie d’évoluer, de passer un cap, il fallait que ce soit ailleurs qu’aux Subsistances. Déjà, là-bas, tu ne peux pas faire d’événements en nocturne, car il y a le voisinage autour. Et quitter les Subsistances, ça nous a permis de transformer Cinémade en vrai festival.

https://www.facebook.com/la.fabrique.prod/videos/2036417723252451/

MXL : Vous vous considérez comme petit asso, et après deux éditions, vous proposez un événement à la Sucrière et au Sucre, ce n’est pas rien ! Comment vous êtes vous imposés dans un milieu aussi fermé ? 

Cédric : Pour s’imposer, finalement on a suivi les projets qui nous tenaient à cœur. On est pas forcément des gars qui vont faire copain copain avec tout le monde. On fait nos petits trucs dans notre coin, on travaille en interne et on démarche les structures avec un projet bien réfléchi. Notre réseau reste encore limité, on est pas encore « intégré » dans le milieu nocture. Ces co-productions nous intéressent, mais plutôt avec des milieux artistiques comme l’audiovisuel ou le théâtre par exemple.

MXL : Juste avant, vous disiez avoir fait beaucoup de soirées dans des clubs, on sait qu’il y a une énorme offre à Lyon. Pensez-vous que les soirées club sont en train de s’essouffler et manquent de renouveau ?

Cédric : En fait, c’est pour ça qu’on a créé le concept Cinémade. Mais de base, on est pas des gros clubbers…

Clément : Parle pour toi ! (rires)

Cédric : Il y a une offre tellement énorme à Lyon pour la musique électronique et particulièrement techno, que nous ça ne nous intéressait pas de faire pareil que les autres. On voulait vraiment créer un événement qui rassemble des publics différents.

Clément : Et surtout qui se démarque un peu de tout le reste.

Cédric : Voilà ! Dans des lieux atypiques et qui ne proposent pas forcément que de la soirée. J’ai horreur des soirs où l’on est tous devant le Dj et que rien ne se passe autour. On voulait vraiment apporter une expérience en immersion avec des participants qui ont pas forcément la même culture, le même âge.

Clément : Après, on est pas meilleurs que les autres. Chacun son créneau finalement. Et si on peut apporter un plus à la scène lyonnaise et un concept un peu nouveau c’est tout bénéf pour nous, pour le public et pour la vie associative lyonnaise. Depuis quelques années, il y a quand même une belle évolution du monde nocturne lyonnais. Je pense aussi que beaucoup d’assos ont peur de se lancer dans des choses moins anodines et différentes de ce qui marche actuellement. Il y a peu, un festival à a Sucrière qui a d’ailleurs été annulé « La Mouche sur le cuir » proposait un concept hyper différent et intéressant. Ça n’a pas marché, ils ont été obligé d’annuler car ils n’avaient pas vendu assez de places. Ce genre d’échec n’incite pas à proposer des choses nouvelles.

Cédric : Pour revenir à Cinémade, notre but c’est vraiment de se transformer en festival local, puis national si tout se passe bien pour les années suivantes. A terme, on voudrait vraiment développer Cinémade et un peu oublier les petits événements techno qu’on avait fait avant dans des clubs qui, pour ma part, ne m’intéressent plus du tout. On a assez donné pendant deux ans

Clément : C’est bien quand tu commences, pour te faire la main. Tu apprends à tenir un budget, à attirer du monde, à trouver des concepts, c’est sympa une ou deux années. Mais nous on ne trouve plus trop notre place dans ce milieu là. Ou alors si on en fait ça sera vraiment dans des gros espaces avec un concept artistique bien mis en avant.

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MXL : La Fabrique Production propose de marier différents domaines artistiques. Vous proposez en plus cette année quatre thématiques cinématographiques mêlées à des Dj toujours choisis avec soin. Comment procédez-vous à cette sélection depuis le début ?

Clément : Alors la première année, nous étions parti seulement sur un film, Pulp Fiction de Tarantino qui était notre film culte. Personne ne connaissait encore notre concept, donc il fallait vraiment prendre un film qui parle à tout le monde. Sur la deuxième édition, on en voulait plusieurs, car finalement un film c’était assez limité pour les scénographies et même les happenings de cinéma. Choisir plein de scènes différentes du même film paraissait trop compliqué. On est parti sur le réalisateur Martin Scorsese, et on a choisi plusieurs films.

Cédric : L’idée, c’était d’enrichir l’événement, de proposer plusieurs films pour que tout le monde s’y retrouve. L’an dernier avec Scorsese, ce qui était bien c’est qu’il y avait des films comme Shutter Island mais aussi Hugo Cabret qui pouvaient donc parler à plusieurs publics.

Clément : Cette année, on voulait encore évoluer dans notre concept. On s’est dit que partir sur des thématiques de films plutôt que sur des films ça pourrait être tout bénéf pour nous. On pourrait à la fois relier la scénographie aux plateaux artistiques et à la musique.

Cédric : D’où ces quatre thématiques fortes : l’aventure avec Indiana Jones, l’action thriller avec Kill Bill, la partie horreur avec Shining et la partie Science Fiction avec Mars Attack. Des films encore assez emblématiques de la culture populaire du cinéma qui parlent à peu près à tout le monde et proposent des univers bien différents. Ce qui était compliqué mais qui fait aussi finalement le point fort de notre édition c’est de marier des styles musicaux avec des films. On a choisi les Dj et les lives en foncetion des quatre films mis à l’honneur sur Cinemade.

Pour la partie aventure, des artistes comme Acid Arab, Pouvoir Magique ou Mehmet Aslan dans le but de retrouver le côté musique orientale et exotique. Replonger dans l’univers d’Indiana Jones avec une ambiance musicale et scénographique, qu’on va recréer aussi avec des décors de jungle, de désert. Pour la partie thriller et action avec Kill Bill, on voulait quelque chose d’un peu plus rythmé avec des artistes en live. Scuba qu’on affectionne depuis pas mal d’années et Rodriguez JR. qui a sorti un super album récemment avec justement des sonorités qui correspondent bien au côté perché et original de Kill Bill.
Pour la partie horreur de Shining, on a choisi des artistes en pleine montée dans le milieu de la techno. Une techno indus très froide, très berlinoise avec des sonorités métalliques pour recréer l’ambiance pesante présente dans le film.

Et enfin pour la partie futuriste, avec Mars Attack, on a voulu des artistes plus house assez rétro avec des sonorités acides pour rappeler l’univers futuriste. C’est pourquoi on a choisi Avalon Emerson qui fait de l’acid-house et de la techno mais aussi Barnt avec une techno métallique et Voiron qui est vraiment plus axé acid.

MXL : Dans cette belle lancée, qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ? Vous avez peut-être envie d’aller ailleurs ?

Clément : Déjà que cette édition se passe bien.

Cédric : Et qu’on puisse proposer une quatrième édition.

Clément : Mais aussi évoluer, attirer toujours plus de monde et devenir un festival qui compte à Lyon. En plus, le cinéma est né à Lyon et c’est toujours bien de valoriser sa ville. Ça me fait trop plaisir de voir des touristes qui découvrent la ville, visitent et bouffent dans des bouchons lyonnais en même temps qu’un festival. Y a rien de plus beau que de mettre en avant sa ville à travers un projet que tu crées toi même et si à l’avenir on peut attirer des gens d’autres villes ou pays ça serait une super fierté.

Cédric : Après Cinémade est né à Lyon et restera à Lyon. Mais si Lyon n’est pas assez ouvert et que l’on ne peut pas suffisamment exploiter nos envies et les lieux qu’on voudrait on sera peut être obligé de chercher ailleurs mais pour le moment on est très bien ici.

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Marie Mascarell

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