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ITW : DAMIEN, COUTEAU SUISSE DE LA NUIT LYONNAISE

Fondateur du collectif lyonnais Papa Maman et résident en tant que Theorist OFC, Damien est aussi professeur en école d’ostéopathie et ostéopathe de l’équipe de France de skate. Papa depuis peu, il change de casquettes plus que de chaussettes et maîtrise le grand écart à merveille, toujours avec le sourire. Il nous a reçu dans son cabinet pour discuter de tout ça.

Theorist OFC © Gaétan Clément

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MxL : Bonjour Damien, comment vas-tu ?

Damien : Salut ! Plutôt bien en ce moment.

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Je vois que tu as la petite clim, avec la chaleur c’est plutôt cool.

C’est même pas une clim pour l’instant c’est un ventilateur, elle arrive demain. Avec la canicule ça a été très compliqué au cabinet. Mais c’est bon, elle arrive pour mon plus grand bonheur.

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Tu as bien de la chance ! Alors Damien, les français veulent des réponses : qui se cache derrière Papa Maman ?

C’est vrai qu’on ne le met pas trop en avant, on préfère rester, pas « dans l’ombre » car ça ne serait pas vrai, mais derrière le projet. Au départ, c’était Adrien Farache qui organisait des soirées depuis une dizaine d’années. Il a commencé par un collectif qui s’appelait Propagang, en 2007 ou 2008. Il faisait beaucoup de soirées au DV1, à l’époque fluo kids et Institubes (label fondé par Tekilatex et Tacteel en 2003 ndlr) pour ceux qui se rappelleront, avec des artistes tels que Surkin, Para One, Tacteel, Bobmo, etc. Il est ensuite passé du côté techno puisqu’il commençait à faire la fête à Berlin. Moi pendant ce temps là je faisais du skate à fond, même que ça, en fait. J’avais tout arrêté pour en faire. Il a donc créé La Rave et là c’était purement techno, toujours au DV1 et moi j’étais pote avec Théo de Montgeri qui était son résident principal. Par là, je me suis peu à peu intéressé à la musique, il m’a montré un peu comment on mixait et je me suis mis à faire du son avec un pote. On formait le « WESC DJ crew ».

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WESC ? La marque ?

Oui oui. Je bossais pour eux à l’époque pendant mes études. Tu pourras retrouver des affiches d’il y a un sacré bout de temps avec Ben Klock, Marcel Fengler et nous. Tout ça pour en venir au fait qu’on s’entendait bien avec Adrien sur le style musical et qu’on a décidé de créer Papa Maman il y a 4 ans. Au tout début, on ne voulait pas être trop techno. On souhaitait avoir un public plus large et surtout plus « vieux ». Vis à vis du nom, on avait un peu peur d’être associé aux manifs pour tous, puisque c’était à cette époque. On a donc fait jouer aux premières soirées Ivan Smagghe et Jennifer Cardini à la Plateforme pour casser cette image.

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Et pourquoi alors ce nom là ?

Pour te dire la vérité je n’y suis pas pour grand chose. Adrien voulait créer une agence de booking avec Gaëtan – qui s’occupe maintenant de la programmation du Sucre et de Nuits Sonores. Donc pour chapeauter les artistes, ils avaient décidé d’appeler ça comme ça. Finalement c’est tombé à l’eau mais le nom est resté puisqu’il sonnait bien. A la base on voulait plutôt appeler nos soirées « Motor ». On a donc gardé le nom Papa Maman en tant que collectif et Motor pour certaines soirées.

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Quel a été le déclencheur qui a vraiment fait que vous avez créé l’asso en 2013 ? S’il y a eu un vrai élément déclencheur ou bien est-ce que c’est arrivé petit à petit ?



Alors en gros, Adrien commençait à en avoir marre du DV1. Il y avait beaucoup de changement à cette époque là et ça se passait moins bien avec les nouveaux gérants. Il a donc migré vers le Terminal. De mon côté je l’aidais pour le booking, il voulait qu’on prenne de l’ampleur. C’est ça le déclic : l’arrêt du DV1 et le fait que je m’investisse plus. Au lieu de lui apporter des idées comme ça il voulait qu’on s’associe vraiment. A la base il y avait aussi Rémi qui a ouvert le shop WESC à Lyon. Lui apportait le côté plus trentenaire, cocktails, etc. C’était plus parti pour être ça, Papa Maman. Après Rémi est devenu responsable de la marque en France donc il avait énormément de boulot. Adrien et moi on était vraiment techno à ce moment là donc on est reparti à fond là dedans. Tu vois ça devait être bien plus tranquille à la base !

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C’est quoi le futur de l’association ? Où en est le projet aujourd’hui ?

On a fait beaucoup de techno, avec Adrien on commence à vieillir un peu. Donc la techno bien hardcore, bien dark nous branche moins qu’avant. Les soirées dans ce style vont donc rester ponctuelles. C’est surtout les soirées Été Suédois que l’on voudrait développer et on se déporte plus sur la programmation des soirées Make x Lyon qui nous correspondent plus musicalement maintenant. Je n’aurais jamais cru dire ça un jour mais on vieillit et les choses évoluent. Il faut un éternel renouvellement sinon tu meurs. On ne va pas arrêter Papa Maman non plus mais il faut que ça bouge, que ça change. Au début on faisait des bookings pointus et là on voit des jeunes assos qui refont les mêmes plateaux que nous il y a 3-4 ans. On est moins dans l’esprit chineur de techno dark. Vu aussi nos vies professionnelles respectives, c’est plus dur d’être à 300% dedans. On lève donc un peu le pied sur Papa Maman pour se concentrer sur Make x Lyon.

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Par rapport à cette techno dark qui est très appréciée notamment chez les jeunes arrivant dans la nuit lyonnaise, comment est-ce que tu vois aujourd’hui le public local ? Et comment est-ce que tu l’as vu évoluer depuis que tu as commencé ?

A l’époque de La Rave, les Ben Klock au DV1 c’était le top du top du top ! C’était pas encore ultra connu, le club avait une capacité d’accueil de 250 personnes – si je ne dis pas de bêtises – et il était plein à craquer. Mais ce n’était pas non plus l’orgie. J’ai vraiment adoré cette période là, c’était génial. On avait l’impression d’être une sorte de tout petit monde qui écoutait de la grosse techno. Si j’en parlais avec P. Moore ou d’autres anciens ils me diraient que c’était vu et revu, que c’était juste le retour de la techno du début des années 90. Pour nous, c’était la découverte puisqu’on écoutait de la musique électronique fluo kids et quand la techno est arrivé dans nos oreilles c’était l’engouement total, on n’écoutait que de ça jours et nuits. Après, plus le temps a passé, plus le public a grossi. C’est comme ça qu’on a réussi à faire nos soirées dans des clubs ou des salles plus importantes comme La Plateforme, où on a fait notre première grosse soirée avec Skudge. On ne pensait pas que ça allait marcher et c’était blindé ! On a vu que ce public là grandissait et on a réussi à suivre ça pendant 2 ans. Après ça a tellement pris d’ampleur que ça nous a peut être un peu dépassé. Il y a eu tellement d’associations qui se sont créées pour faire ce style de musiques qu’à un moment on est peut être moins resté sur ce fil. Le public est aussi devenu de plus en plus jeune et franchement on ne se retrouvait plus trop lors des dernières soirées que nous avons fait.

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Est-ce qu’il y a un rapport pour toi entre le travail de manipulation d’un patient et « la manipulation » d’un public dans la découverte musicale ? J’ai senti un parallèle mais je ne l’ai pas trouvé alors je préférais te poser la question !

(Sic) Et bien tu as raison : il n’y a aucun parallèle et heureusement !

Vraiment ? Je parle de ton approche personnel, du plaisir que tu peux éprouver dans ton travail comme dans l’organisation de soirées.

En fait quand j’étais à l’école c’était mon job d’étudiant de faire des soirées. Pour moi, je trouve que ça n’a rien à voir et tant mieux. Le fait d’avoir un pied dans ce monde de la nuit et pas les deux, ça me fait du bien parce que c’est un monde un peu spécial et ça tout le monde pourra te le dire. Le monde de la santé est l’antithèse de ça. Parce que ce n’est pas la première chose que je vais dire à mon patient. Le fait que je fasse partie d’une asso de musiques électroniques ou que je soit DJ depuis un petit moment peut me décrédibiliser. C’est compliqué d’allier les deux.  Tu parais vite moins sérieux aux yeux des gens. Donc non, j’ai essayé pendant des années de trouver un parallèle entre les deux et il n’y en a pas, ça me permet juste de souffler. Faire des soirées le week-end c’est en quelque sorte mon bol d’air. Je pense que sans ça, je serais mauvais dans un des trois domaines, ça m’aide à équilibrer le tout.

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Tu arrives donc à conjuguer travail, organisation de soirées, vie personnelle en terme de temps ? Et est-ce que tu aurais un conseil à donner à des « gones » qui veulent se lancer là dedans ?

Si c’est des gones comme tu dis, c’est qu’ils sont encore étudiants donc qu’ils ont du temps et s’ils sont à la fac encore plus ! (sic) Quand j’ai commencé étudiant d’ostéopathie, c’était un peu chaud parce qu’on faisait 8h-19h tous les jours avec du boulot le soir, avec les week-ends c’était vraiment crevant. C’est une vie à 300 à l’heure, un peu trop d’ailleurs. Il faut qu’ils y aillent à fond, de toute manière s’ils ne le font pas maintenant, ils ne le feront jamais. Attention à toujours garder des valises à côté de soi parce que ça peut être très éphémère. On en voit passer des artistes qui tournent à fond et qui gagnent leur vie avec ça mais les vagues bougent tellement vite qu’il faut savoir se retourner et assurer derrière. Donc les étudiants, je vous conseille d’avoir toujours un bagage d’études à coté et de continuer votre vie professionnelle à coté._

Entre le bébé et les soirées c’est bon tu es habitué à ne pas dormir la nuit, le rythme est régulier !



Oui voilà ! C’est la bonne formule ! Forcément mon côté DJ en a pris un coup, ça doit faire un an que je refuse des dates, je ne joue que sur nos dates à nous. Les dates Papa Maman sont aussi beaucoup moins nombreuses puisqu’Adrien a également une vie professionnelle de plus en plus prenante – directeur commercial de Yurplan à Paris – c’est donc compliqué d’être présent tous les week-ends comme l’année dernière où on avait 2 salariés et une soirée par semaine.

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Comment est-ce que tu vois le futur de la scène lyonnaise disons dans 10 ans, 15 ans ? Est-ce que tu voudrais toujours en faire partie ?

Sur la scène lyonnaise je suis un tout petit acteur en tant que DJ, Papa Maman c’est un peu plus influent mais dans 10 ans ? C’est sûr que ce ne sera pas comme aujourd’hui où il y a un an, à se démener pour amener un booking qui fait plaisir à tout le monde, à se tirer les cheveux parce que l’artiste veut manger tel type de saumon à tel heure, avoir tel type de chauffeur avec telle voiture, etc. Les trucs dans ce genre commencent à me fatiguer. Pour répondre à ta question, je ne sais pas si j’en ferais partie en tant qu’acteur ou en tout cas d’une manière différente mais en tant que spectateur c’est une certitude. Je n’imagine pas ma vie sans ça. Concernant la scène lyonnaise, elle ne fait que monter donc c’est évident que ça ne peut que continuer.

 

Qu’est-ce qu’il pourrait lui manquer à cette scène lyonnaise selon toi ?

Là c’est le moment où je vais faire mon vieux ! (sic) Concrètement, aujourd’hui je trouve qu’il n’y a pas de club qui passe de la bonne musique en ayant un public plutôt trentenaire. C’est un problème pour moi. A Lyon contrairement à beaucoup d’autres villes, ce public là commence à très peu sortir ou font les bars. Maintenant il y a le Groom qui s’est lancé et je trouve que c’est un super projet. C’est ce qui manquait à Lyon selon moi. Est-ce que ça va marcher ? Je le souhaite à mes potes d’ENCORE à 300%. J’y suis allé pendant Nuits Sonores et c’était vraiment top. Le Terminal aussi est sympa pour le public. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’habitués de la nuit, des curieux, c’est souvent mon point de chute en générale. Surtout que ce sont de très bon copains aussi.

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Merci Damien !

Retrouvez Damien sous toutes ses casquettes par ici :

Son cabinet :
www.osteopathe-lyon1.fr

L’équipe de France de skate :
www.cns.ffroller.fr

L’école où il enseigne depuis 5 ans :
www.isosteo.fr

Et bien sûr, retrouvez l’Eté Suédois, tous les vendredis du 8 juillet au 1er septembre à la Plateforme ici

 


Jean-Melchior

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