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ITW : Ménélik en chair et en os

A l’occasion de la tournée l’Age d’or du rap français nous avons rencontré Ménélik pour parler passé, présent et avenir. Sur scène il défend un nouveau projet (Qlassik) dans lequel d’un côté il s’appuie sur des œuvres romantiques classiques pour rapper des textes originaux, de l’autre reprendre certains de ses tubes réarrangés en acoustique. Piano, guitare et rappeur de 46 ans.

Photo à la une - Ménélik par © Diane Moyssan


Mxl :Salut Ménélik, tout baigne ?

(Tu as le droit de ne pas répondre si on te l’a déjà fait 10000 fois. J’ai vu un article sur Closer qui avait conclu avec ça, du coup j’ai limite honte)

Ménélik : Tranquillement, cool cool cool. Non non mais on ne me l’a faite que deux trois fois.

Seulement ?

Non je t’embête (rires)


Tu viens montrer ton nouveau projet musical à Lyon. C’était quand la dernière fois que tu es monté sur scène ? Avant tes nouveaux projets bien sûr (l’Age d’Or, MNLK)

C’était il y a deux mois à Montpellier, c’était une date où je venais chanter mes succès. J’ai des petites dates comme ça mais pour un vrai album ça fait 10, plus de 10 ans même.

Ménélik dans son clip « Bye Bye »


Est-ce que ce sont toujours les mêmes émotions, les mêmes frissons qu’il y a 10 ans ou quelque chose à changé ?

Je ne peux pas dire que ce sont les mêmes parce que quelque part il y a l’expérience qui joue et qui fait que tu ne rentres pas comme si t’étais un rookie et que tu ne connaissais rien au game mais pour moi c’est vraiment à chaque fois un plaisir. J’ai eu la chance d’avoir fait des chansons connues donc c’est plus facile de monter sur scène parce que tu sais que sur certains morceaux tu auras un certain type de réponse, ça c’est l’expérience. Mais d’un autre côté le rap m’a éduqué, le rap m’a formé, le rap a fait de moi ce que je suis et chaque fois que j’ai la chance de rapper sur scène, c’est un plaisir. Je me retrouve comme quand j’ai commencé. J’avais quoi ? 18 ans ? Oui c’est ça 18 ans. C’est à dire que de la même manière que je rappais pour me foutre de mes potes, etc quand je monte sur scène en plus le public répond à ce que tu as écrit dans ta chambre, tout seul comme ça (fait un mouvement d’écriture rapide). C’est un shoot incroyable, franchement c’est fou. Je le souhaite à tout le monde dans le rap, c’est une expérience unique dans une vie. Vraiment.

Toi tu es parti dans l’audiovisuel aussi avec la production de films africains. Qu’est-ce que ça fait quand on voit des IAM ressortir un album ?
Est-ce que c’est ça qui t’a donné envie de te replonger dedans ou tu nourrissais ça depuis un moment ?

Le fait de voir des anciens continuer à rapper, moi ça me motive. Pour moi il n’y a pas de date de péremption au rap. Quand j’avais 30 ans et que j’ai arrêté de rapper vraiment, je me suis dit que je ressortirais plus d’album et j’avais laissé ça derrière moi. Un jour un ami pianiste m’a emmené chez un autre ami pianiste. Il a joué un air de piano classique et il m’a dit « je suis sûr que t’arriverais à rapper là-dessus ». Je me suis pris au jeu, j’ai essayé d’écrire quelque chose et boum, tout est ressorti, tout est retombé comme si ça faisait une heure que j’avais arrêté de rapper, le hip-hop est revenu comme s’il était endormi. Et je me suis rendu compte que malgré tout même à mon âge, j’ai toujours autant envie de kicker, autant envie de faire des choses. Franchement il faut se laisser aller à ses instincts surtout quand ils sont artistiques, il n’y a rien de plus beau. Voilà je pensais que le rap pouvait s’arrêter un jour, à un certain âge mais aujourd’hui je pourrais faire ça jusqu’à 70-80 ans si tu me prête vie.

Ce projet me fait penser à la dernière tournée d’Oxmo Puccino, qui donne plus de profondeur à ses textes en rappant en acoustique, balançant plus du côté du jazz que du boombox. On sens de la maturité dans cette démarche. À 46 ans est-ce que c’est pour toi le projet du « papa dans le rap » ?

C’est un peu mon « combat ». En fait maintenant je me bat pour que le rap vieillisse. Très souvent on s’est dit « Tu as entre 25 et 35 ans ? Ouais tu peux toujours rapper ». Nous on a commencé quelque chose quand il n’y avait rien et on est en train de vieillir avec cette musique donc peut-être que dans 20-30 ans il y aura des rappeurs de 80 ans. C’est possible.
Aussi la réalité qui est la mienne aujourd’hui n’est pas la même que celle qui était il y a 20 ans, les choses que je dit aujourd’hui, les réflexions, les thématiques, tout ce dont je traite ce n’est plus pareil. J’estime alors parler pour une génération qui vieillit également avec moi quelque part. De la même manière que maintenant on a tous un travail, des enfants, qui grandissent etc. Ce sont des problématiques que je ne pouvais pas aborder 20 ans en arrière. C’est la vie et comme pour moi le rap c’est notre vie, on en parle, je fais partager cette réalité qui est la mienne.

Ménélik – 14/03/17 par Diane Moyssan



Tu penses que par là ça te permet de toucher des personnes qui ne sont pas du tout habituées au rap ou c’est plus par vocation artistique, par souhait de repousser les limites du rap, faire quelque chose de différent d’avant ?

Et bien les deux ! Effectivement je voudrais convaincre des gens qui sont complètement rétifs, hermétiques au rap, qui ne connaissent rien du tout pour leur dire que le rap c’est une vraie musique. Pour moi c’est une musique de transformation. C’est à dire que dès la base on a commencé à utiliser les samples parce qu’on savait pas jouer d’instruments, on a fait en quelque sorte de la musique du pauvre parce qu’on avait pas les moyens de faire plus. On a monté en grade et maintenant je me rend compte que le rap a exploré plein de domaines mais la musique classique a juste été effleurée à mon sens. Pourquoi j’ai choisi cela ? Parce qu’une musique qui a plus de 300 ans, je voudrais arriver à y coller quelque chose de rap – mais foncièrement rap parce que je ne veux pas qu’on me dise que c’est du slam ou autre. Que ça soit au final deux choses qui fusionnent et pas du saupoudrage de l’un sur l’autre comme je l’avais fait en samplant le canon de Pachelbel sur Je me souviens comme tout le monde peut le faire. Je veux aller au-delà de ça. Je veux vraiment m’inscrire dans l’histoire du classique, faire se rentrer dedans ces deux exercices pour donner quelque chose de nouveau.
C’est marrant parce qu’il y a des mecs qui écoutent du classique et qui me disent « Putain c’est du classique mais c’est quelque chose d’improbable, comme un mouton à 5 pattes »

Ce qui te permet de rentrer dans une dimension intemporelle aussi non ?

Aussi oui mais ce que je cherche avant ça c’est l’expérimentation. Pour moi un artiste doit être obligatoirement force de proposition. Après les gens aiment ou n’aiment pas, c’est pas la question. En tout cas il faut que je me sorte pour te proposer quelque chose pour te dire « Écoute, ça c’est mon univers. Viens on va se balader là-dedans ». Et c’est vraiment essentiel. Si je réussi à le faire déjà, chapeau à moi-même, c’est bien je suis content.

La tournée l’age d’or du rap qui fait référence aux années 90 remet un débat (un peu idiot à mon sens) sur le tapis mais tu as peut-être ton avis la dessus, le rap c’était mieux avant ?

Je le dis dans mon morceau Liquide, pour moi c’est un débat insipide. Au delà de ça, j’avais posé la question à Akhenaton pour un documentaire que je suis en train de réaliser et il m’a répondu « Non le rap ce sera mieux après demain ». Je pense que c’est exactement ça, c’est à dire que chaque génération a son âge d’or. Y’a des trucs que je vais écouter à la radio je vais me dire « Oh la la le vocoder à fond là ils sont relous, on n’entend rien, les paroles sont pourries,… ». Pourtant il y a des mecs qui vont écouter et qui vont kiffer. Dans 10 ans peut être qu’ils vont continuer à aimer ces morceaux là. Donc moi j’ai marqué une génération (ou deux si j’ai eu de la chance) et je pense que d’autres marqueront leur génération.
Moi je ne détiens que ma vérité. Je ne veux pas influer sur l’autre ou jouer au vieux con « Mais non nous on faisait mieux, etc. ». Même si je trouve que le texte avait plus d’importance avant, que je préfère ça mais bon. Il y a eu d’autres techniques, d’autres manières de faire. Quand tu vois PNL par exemple, le fait qu’ils aient réinventé une coolitude dans le rap même si on peut en dire ce qu’on veut, ils ont inventé un genre. Ils ont été force de proposition et ils ont vraiment fait leur « travail » d’artistes et ça je ne peux pas cracher dessus.

Aujourd’hui tu penses quoi du rap ?

Alors j’irais encore plus loin encore sur le rap d’aujourd’hui. Ce qui vraiment me manque actuellement c’est le texte. Après je ne veux pas être le senseur, dire qu’il faut rapper sur tel ou tel thème parce que moi-même à l’époque j’ai été victime de cette censure puisqu’on disait que j’étais un rappeur commercial et qu’eux faisaient du rap underground. 20 ans plus tard on fait une tournée tous ensemble. Ce qui veut dire qu’on portait le même projet, la même culture du texte. Malgré le fait qu’on ne le faisait pas dans le même sens on le faisait. Ce qui est important pour moi c’est de défendre cette culture, de la mettre en avant et de faire en sorte qu’elle soit le plus magnifiée possible. Après les débats de chapelle c’est autre chose.

Merci Ménélik, extrait du projet juste là

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Pour en savoir plus :
http://menelik.live/

 

On a aussi pu discuter avec Les Sages Poètes de la Rue qui nous ont parlé de leur album. Il s’appelle « Art Contemporain » et ça sort ce vendredi 24 mars !
Plus d’infos et des extraits de l’album sur  : http://www.sagespoetesdelarue.com


Jean-Melchior

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