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Make x Lyon rencontre Ratchet Lab

Toujours désireux de vous faire découvrir ou redécouvrir des projets cool et autres idées savoureuses, on vous propose aujourd’hui un cocktail hyper rafraîchissant à consommer sans modération, les bien nommés Ratchet Lab. Entre open air hip hop, organisations de concerts et expos branchées, ce collectif un peu hybride a déjà bien fait ses preuves, et ne demande qu’à vous surprendre encore et encore.

On a rencontré Guillaume et Lionel, qui nous ont parlé avec humour et décontraction de leur « laboratoire des cultures urbaines ». Défenseurs d’un esprit festif et fraternel à toute épreuve, voici l’interview décomplexée de Ratchet Lab.

Comment est né Ratchet Lab ?

On a eu l’idée en 2013, lors d’une soirée au DV1. J’étais avec Laurent, et vraiment on passait une super soirée : on a bien bu, y’avait des meufs et de la bonne techno. A l’époque y’avait cette chanson, « Don’t Like » de Chief Keef, ça venait d’arriver en France, et là on s’est dit qu’on aimerait bien entendre ce genre de son, que du hip hop, là, ça pourrait carrément bien passer ! C’est là qu’on s’est dit qu’on devait organiser quelque chose. L’événementiel c’était pas vraiment mon truc, mais Otto (Laurent) m’a bien bassiné pour qu’on le fasse… et je l’ai suivi.

On a commencé à la Maison Mère, en mai 2014. On a fait des soirées jusqu’en novembre, et on a du arrêter parce qu’il y avait trop de monde. Entre la clientèle habituelle du club et la notre qui grandissait de plus en plus, ça devenait ingérable. On avait commencé de façon anonyme, sans page Facebook ni rien, juste on venait, on branchait nos platines et on mixait. C’était un peu pour se tester, on se disait que si ça marchait c’était tant mieux, et que si on se plantait personne ne saurait que c’était nous ! Au final on a vite été identifié, surtout Otto avec son bandana toujours sur la tête, il était trop reconnaissable !

On a enchaîné sur des expos, et entre-temps Guillaume nous a rejoint. Le gros tournant ça a été l’open air organisé pour la fête de la musique. On a beaucoup investi dans ce projet, mais ça en valait la peine : un très beau line up, 2500 personnes, et pas un seul pépin ! Ça a vraiment marqué les gens, on ne s’attendait pas à ce succès, ça a été repris par des magazines alors qu’on avait contacté personne… On a perdu un peu d’argent, mais c’est pas pour autant que ça ne nous donne pas envie de recommencer, même si on le fera pas de la même façon.

Vous aviez conçu une stratégie pour vous faire une place, une organisation particulière ?

On n’avait pas vraiment de stratégie, on a vu que ça a bien pris, surtout à partir de l’open air. Après les gens ont suivi sur les différents événements. C’était un peu la première fois que des soirées hip hop comme ça, pas très chères, étaient proposées à Lyon. Les lieux ont joué aussi (la Maison Mère, la Marquise). Le public qui nous suit avait peut être plus l’habitude, pour faire des soirées hip hop, d’aller dans des clubs où tu payes ton entrée, avec des conso hors de prix à l’intérieur. Ce n’est pas du tout ce que l’on propose en fait.

Pour ce qui est de l’organisation, ça s’est défini avec le temps, on a vu qui était meilleur pour gérer telle ou telle tâche. On s’est aussi bien fait aider par les potes. Par exemple Laurent est bon en relationnel, pour contacter les gens, les bookers, il n’a pas peur d’y aller, il négocie très bien. Guillaume, qui a un background en organisation de soirées techno, va plutôt gérer des aspects techniques… Ça s’est vraiment fait tout seul au final, sans pression. C’est vrai que c’est beaucoup de boulot, mais on s’organise, et tout simplement on aime faire ça. La plupart du temps, quand les gens ont du temps libre, ils vont jouer à Fifa par exemple. Nous, on va être en conversation sur Facebook, réfléchir aux futures programmations, aux prochaines actions de  communication… C’est vraiment une passion, on n’y réfléchit pas. On se parle toute la journée, on balance des idées, et on au final on se structure de plus en plus.

Ce n’est pas forcément facile de vous identifier… Vous êtes une agence de booking, une boite d’événementiel, un collectif de djs… ou tout ça à la fois ?

On est un label événementiel, c’est-à-dire que l’on créé des événements hip hop, mais dans un sens global. En fait on appréhende le hip hop comme une culture sous-jacente à la pop culture. Avant t’avais les Stones et compagnie ; les pop stars d’aujourd’hui c’est Kanye West, Kendrick Lamar, Katy Perry, Travis Scott, Miley Cirus…qui était pendant longtemps l’américaine modèle, et qui aujourd’hui a cette « culture ratchet ». Aux Etats-Unis, ils parlent de « ratchet culture », pour désigner des personnes un peu bon chic bon genre, vraiment pas des voyous, et qui d’un coup au milieu d’une phrase vont te sortir un « j’m’en bas des couilles » ou « j’te nique ta mère ». La « culture ratchet », c’est finalement des codes qu’on emprunte de la rue pour les intégrer dans la musique, dans l’art… A ce niveau, Ratchet Lab c’est donc une sorte de laboratoire de ces cultures urbaines.

Vous avez déjà réussi à convaincre pas mal de monde, les gens viennent et reviennent au final…

On en  a pris conscience après l’open air. En faisant quelques va-et-viens entre le parc et l’extérieur, on s’est rendu compte qu’on entendait carrément le son dans la rue. On voyait les gens qui sortaient du métro, et qui là entendaient leur musique, et du coup courraient pour y aller, ils avaient oublié que ça durait jusqu’à 23h ! Les gens étaient vraiment demandeurs de ce type de musique, d’événements. Après il a fallu attendre la Marquise, où on a servi un plateau 100% local, pour se rendre compte que même si on ne proposait pas de grosse tête d’affiche, les gens venaient, alors que c’était un jeudi en plein mois de juillet.

Il n’y a jamais eu de problèmes sur nos événements. Les gens viennent pour s’amuser, pour écouter le son qu’ils aiment. Du coup l’ambiance est détendue et fraternelle, on retrouve vraiment le côté fédérateur de la musique en fait.

Un avis sur la scène hip hop lyonnaise ?

Lyon est une ville assez importante dans ce domaine, notamment grâce à l’Original, qui a fait un grand travail en proposant beaucoup de concerts, c’était du jamais vu… Par contre entre temps le rap a évolué, mais l’Original n’a pas su évoluer avec son temps, il est resté dans un paysage assez classique, très « rap conscient ». Alors qu’aujourd’hui, le rap est décomplexé, et Lyon a un peu de retard là dessus… Avec Ratchet Lab on veut proposer des contenus différents de ce que l’on trouve déjà ici.

C’est pour ça que vous avez programmé Vald ?

Entre autres oui, il fait partie des artistes qui sont décomplexés, et qu’on apprécie. Pas forcément facile d’accès au premier abord, mais le mec est frais, il apporte un truc nouveau, sa démarche est intéressante. On a vu beaucoup de rap un peu véner, et lui au contraire il a juste l’air de s’en foutre de tout ! Les gens ont été touché par Vald, on s’en est bien rendu compte avec le concert qu’on a organisé, toutes les places ont été vendu, c’est que ça marche. Alors que remplir le Ninkasi, c’était un gros challenge… Ce n’est pas un lieu connoté sur tel ou tel style, tu fais un peu ce que tu veux. Mais vu le prix que ça coûte, on avait intérêt à ramener du monde !

En quoi Ratchet Lab incarne bien ce rap décomplexé d’après vous ?

On écoute du rap pour s’amuser, pas pour jouer les voyous. Les seuls guns qu’on a pendant nos soirées c’est des pistolets à bulles, avec des confettis. C’est simple : en ce moment, si tu veux danser à nos soirées, il suffit de regarder un clip de Niska. C’est un artiste qui s’inscrit dans cette nouvelle vague de rap beaucoup plus musical et décomplexé. Niska c’est le genre de gars qui va balancer ses bras dans tous les sens, t’as plus qu’à regarder un de ses clips et apprendre la choré ! Même dans nos mix on refuse de se prendre trop au sérieux, on est en famille, les gens ont envie de se détendre. A la Marquise on a vraiment retrouvé cette ambiance, c’était hyper détente, on n’empêchait pas les gens de faire quoique ce soit, de monter sur scène. Les gens ont trop l’habitude d’être cadrés en soirée, d’avoir toutes sortes d’interdictions. C’est super chiant, tu peux t’amuser, mais dans un cadre. Nous on l’a subi ce truc là aussi, et on n’a pas du tout envie de le reproduire. Au-delà de ça, on aime bien que les gens soient autour de nous, l’idée c’est pas de jouer les dj perchés sur un piédestal.

Vos projets à venir ?

Encore du format concert, Vald ça nous a bien excité et ça nous a donné envie de recommencer. Aussi du format soirée, à voir dans quel lieu. Après au-delà du club, c’est surtout quelle soirée qu’on aimerait faire. On a plein d’idées, on se retrouve d’ici peu…

Amateur de soirées caniculaires et de shots de culture ratchet ? Tu sais ce qu’il te reste à faire. En attendant, rendez-vous sur leur page Facebook pour ne rien manquer de leurs projets à venir !


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